Le premier était sur Spinoza, un philosophe que je découvrais. Et comme j'ai bien aimé, j'ai continué en lisant Dans le jardin d'Epicure. Tandis que le premier est un roman, celui là est plutôt un recueil de cas cliniques. Le monsieur est médecin psychiatre, psychothérapeute, et amateur de philo.
Ce livre m'a alors beaucoup aidé à avoir une relecture de mon passé, et en particulier de ce que nous avons vécu après l'accident de voiture. Tout les cas sont relatifs à la peur de la mort. A la façon que nous avons de réagir face à l'idée que nous sommes mortels. Mais ce n'est pas vraiment pour ça que je vous en parle. Dans ce livre, il y avait une phrase que j'ai retenue. N'ayant pas le livre sous la main pour vous la donner avec exactitude, je compte sur vous pour accepter mon approximation.
Quand nous sommes fatigués, nous sommes assaillis par des pensées que nous avons dominées il y a longtemps.
Ca n'a l'air de rien, comme ça. Mais il parlait d'une dame qui avait, après beaucoup de rendez-vous, réussi à résoudre ses problèmes, et qui à l'occasion d'une fatigue, a l'impression de repartir en arrière.
Et bien c'est vrai. Cet hiver j'ai eu l'occasion de le constater un peu, mais là, c'est carrément flagrant. Je n'ai pas l'impression d'être malheureuse. Au contraire. Mais je suis très fatiguée. Si je continue, bien comme il faut, ma tête de zombie fera finie à temps pour Halloween.
Et le soir, quand on est fatiguée. Très très fatiguée, et qu'on va se coucher en pensant qu'on s'endormira en peu de temps, c'est l'inverse qui se passe. Le cerveau commence à partir en vrille, et le sommeil ne vient pas. Au contraire, on rentre dans une spirale qui entraîne vers le bas. Et tout ce qui traînait dans le fond, résolu, bien rangé, bien trié depuis des années, remonte. Les problèmes, petits comme gros, reviennent en mémoire. Les déceptions viennent souvent pointer leur nez, avec leurs amis les regrets. Les frustrations, le manque, les blessures, . Le passé perdu, et l'avenir effrayant.
Après quelques minutes de tentatives désespérées de contenir tout ça, je me dis qu'on peut bien laisser les larmes couler. Après tout, j'avais lu que ça permettait au corps d'éliminer 40% des hormones de l'humeur. Alors pourquoi aurais-je envie de les contenir? Restent 60% qui veulent pas partir. Et les invités du mariage entre un indien et une américaine, qui ont débarqué dans l'après-midi et qui discutent bruyamment dans le patio ne vont pas m'aider à m'apaiser et trouver le sommeil. La colère, bonne dérivation à la tristesse... Maudire les clients de l'hôtel, on réduit l'humeur mauvaise à 20%. C'est mieux. Pour le reste, on verra demain.
Mais ça ne marchera pas. On a juste les yeux bouffis en plus, et la fatigue augmentée par le manque de sommeil. Alors aujourd'hui, on se concentre sur le soleil radieux, sur les enfants qui vont à l'école de bonne humeur, sur les gens adorables que j'ai eu la chance de rencontrer. Mon cerveau me ment, il me fait croire que je suis malheureuse, que la vie est un fardeau. Respire et regarde vraiment... là, tout de suite et maintenant, qu'est-ce qui va pas? Rien. Ca fait valdinguer 10%, et un tour chez Ikea avec mon amie fait disparaître les 10% restants.
Mais ça revient. Mélancolie, vas t'en, tu m'énerves. Pourquoi tu as décidé, là, maintenant, de revenir? Je rentre de l'école, Raphaël a reçu une récompense, je suis contente, alors pourquoi tu viens me parler de l'accident de voiture? Y'a un type et son chien qui s'arrêtent pour me demander si tout va bien. Tu n'es plus chez toi, c'est sûr. A Paris, une cinquantaine de personnes seraient passées en évitant soigneusement ton chemin. L'institutrice de Pierre est absente, son fils la remplace. Jeudi, je suis allée en classe pour faire mon volontariat. Il fait super bien son travail, il a l'air super happy, comme toutes les instits. Comme tous les gens, en fait. Comment font-ils pour être super happy tout le temps? J'en vois pas un seul qui tire la tronche, juste un peu, ou juste de temps en temps.
Mais ça revient. Mélancolie, vas t'en, tu m'énerves. Pourquoi tu as décidé, là, maintenant, de revenir? Je rentre de l'école, Raphaël a reçu une récompense, je suis contente, alors pourquoi tu viens me parler de l'accident de voiture? Y'a un type et son chien qui s'arrêtent pour me demander si tout va bien. Tu n'es plus chez toi, c'est sûr. A Paris, une cinquantaine de personnes seraient passées en évitant soigneusement ton chemin. L'institutrice de Pierre est absente, son fils la remplace. Jeudi, je suis allée en classe pour faire mon volontariat. Il fait super bien son travail, il a l'air super happy, comme toutes les instits. Comme tous les gens, en fait. Comment font-ils pour être super happy tout le temps? J'en vois pas un seul qui tire la tronche, juste un peu, ou juste de temps en temps.
La réponse tient peut-être aux immenses rayons de vitamines qu'on trouve dans les supermarchés. Lutter contre la fatigue pour lutter contre la mélancolie. Même avec un verre de jus d'orange plein de vitamine C, j'ai la chanson de Mano Solo qui reste en tête.
"Et des fois, va savoir pourquoi, alors que tout Paris t'ouvre les bras
Tu te retrouves collé, sur un pavé, avec un Sacré Coeur gros comme ça"
Ca fait deux mois que j'ai pas vu mes parents, ma grand-mère. Ca fait deux mois que j'ai pas vu ma tour Effeil ou mon Sacré-Coeur. Deux mois que j'ai pas mangé de galette complète ou de sandwich aux rillettes. Deux mois sans prendre un thé ou un café avec mes amies. Deux mois passés, et plus à venir.
En vrai je vais bien. Je suis juste fatiguée. Et vous me manquez. Demain, je dors et je prends des vitamines, promis.


















































