dimanche 26 juillet 2015

Au Revoir

Voilà, la deuxième semaine très fatigante est passée.

Pour rappel, la semaine dernière nous avions appris qu’il fallait qu’on se défasse de beaucoup de nos biens matériels. Le jeudi nous avions appris qu’il fallait en plus se défaire de quelques euros.
Le vendredi nous avons continué notre tri drastique, ainsi que le week-end. Il a fallu caser des choses à droite et à gauche, mais nous avons réussi. Dimanche soir, nous avions réussi. A part deux pièces de la maison (notre chambre et la buanderie), toute la maison était bonne à emballer et transporter.


Les jouets étaient tous rangés, dans des boîtes. Les vêtements étaient dans des grands sacs (ou dans des valises que nous ne pouvons emmener en avion). Les objets étaient tous à leurs places, sans bazar. Les appareils électriques étaient débranchées, les tableaux et décos étaient décrochées des murs. Nous avions commencé aussi à préparer la maison pour la rendre à la propriétaire : chaque meuble que je pouvais déplacer avait droit à son coup d’aspirateur, de chiffon, de lingette nettoyante. Hors de question que j’embarque des meubles avec des traces de mains d’enfant. Et il fallait bien entendu avoir fini les valises au propre. Valises à faire pour deux mois, et surtout ne rien oublier de très important qui ne puisse se racheter si besoin. 





Dimanche soir, donc, pour une fois, j’ai réussi à m’endormir en cinq minutes. De fatigue mais aussi de soulagement du travail bien fait, et de la tâche qui semblait impossible à accomplir, finalement accomplie.


Lundi matin, à 6h nous étions réveillés pour prendre notre dernier petit déjeuner tranquillement. A 8h02 ils sont arrivés, bien ponctuels. Je pensais qu’un rouleau compresseur arrivait, mais non. Ils étaient calmes, tranquilles. Ils étaient contents de l’état de la maison : leur travail était simplifié. Certes il y avait beaucoup de choses à emballer, mais tout était déjà dans des boîtes.
Nous avons compris pourquoi le cubage de notre maison était si important. Non, nous n’avons pas en réel 80 mètres cube de biens, mais beaucoup moins. La différence est due à l’emballage qu’ils font : triple tours de bulles, papiers par 2 ou 3 couches, du polystyrène, des cartons gigantesques pour protéger les meubles. Aux autres déménagements, certains meubles étaient protégés par une couverture… mais là, non. Chaque bas de chaise est mis dans un carton, après avoir été recouvert de bulle. Forcément, ça prend beaucoup plus de place.

L’équipe a donc emballé lundi et mardi matin. Il y avait un gros questionnement sur le container : le notre fera 12 mètres de long. Or, impossible qu’il rentre dans l’allée, et pas simple qu’il reste dans la rue à cause de la gêne pour les autres riverains, et de la distance de portage. Ils ont décidé de venir avec un container mardi, plus petit, et un autre mercredi, plus petit aussi. Ils mettront le tout dans le grand container dans leur entrepôt plus tard. Sachant que le container doit être celé normalement devant nous, nous devons faire confiance. Ils ont eu bien du mal à rentrer le gros camion avec petit container car un 4x4 bloquait leur passage. Ils s’y sont mis à 4 et ont réussi à déplacer le 4x4 suffisamment pour que le camion fasse sa manœuvre. Il parait que les gars ont eu un grand sourire de soulagement de voir qu’ils n’auront pas de portage à faire.



Le premier jour ils étaient 4, dont certains pas doués en orthographe. Je précise qu’ils étaient tous Français, je ne me permettrais pas de me moquer d’un immigré, étant donné que je serai bientôt l’immigrée qui fera des fautes d’orthographe. Nous avons donc eu des paquets nommés :
Berssau – bercau -Atulié – ateulier - Boffé – petite muble de joués -Boles – Lamps - Divert



Ca nous a gentiment fait sourire. Pour le reste, ils étaient polis, courtois, super cools. Moi, je leur ai offert le café à volonté, et ils ont apprécié leurs pauses matinales et après le déjeuner. Nous avons été cools les uns envers les autres, et ce furent trois jours tranquilles.

Pendant ce temps là, Francky goes to Hollywood. Même sans bureau.
Le monde peut bien s'arrêter de tourner, tant qu'internet
et la machine à café fonctionneront, François beauceron bossera.
Pendant que ces gentils messieurs travaillaient pour nous, j’ai dû aller à la sécu pour faire « tamponner » une ordonnance. J’avais prévu le truc à l’avance : en Juin je suis allée chez le médecin pour demander, pour Pierre et moi, une ordonnance pour long voyage. Le temps qu’on trouve des médecins là-bas, mieux vaut avoir un peu d’avance. Mais pour avoir les médicaments, il faut que cette ordonnance soit validée à la sécurité sociale. Pour cela, nul besoin de prouver qu’on part en voyage. Ils veulent juste vérifier la liste des médicaments, et que le médecin ait écrit une sorte de phrase magique. Il se trouve que le mien n’était pas assez sorcier, et s’était trompé dans la formule. Le malheureux avait écrit « pour 4 mois ». Aïe. Les ordonnances de plus de 3 mois doivent être absolument validées quinze jours avant départ ! Et là, bien entendu « aucun pharmacien n’acceptera… il faut qu’il y ait écrit « pour cause de départ à l’étranger, à délivrer en une fois ». Comme si, une fois face à l’apothicaire, les mots m’auraient manqué pour expliquer la situation. Donc je suis retournée chez le doc, qui a gentiment refait son ordonnance avec la formule magique. 

Lundi soir, repas à la crêperie au pied de la Cathédrale.
Au revoir grande Dame.
Retour le lendemain à la sécu, là, la dame râlait pour l’écriture du médecin qui ne lui plaisait guère. Damned, en plus il faut être caligraphiste ? Après avoir râlé comme un putois, elle a finalement tamponné les deux petites ordonnances, après m’avoir fait signer des déclarations sur l’honneur. Il a fallu que je remplisse la déclaration sur l’honneur de mon fils. Pas en tant que parent, ou de représentant légal. Non, en tant que lui. Je sais pas si le fait d’être fille de juristes et femme de juriste me fait plus tiquer que quelqu’un d’autre, mais pour moi, ça ressemble drôlement à un mensonge. Je voulais écrire « mère de … atteste sur l’honneur que… » mais elle m’a dit de ne pas le faire. Bon, on s’en fiche, je crois pas que mon fils viendra un jour me le reprocher un jour. Ah, l’administration…

Parait que les déménagements stressent les chats... 

J’ai ensuite eu le bonheur d’aller à la CAF. Oui, bonheur, car il n’y avait aucune attente, et c’est un miracle. La dernière fois que je suis allée à la CAF, j’habitais encore dans le 15ème arrondissement de Paris, donc il y a au moins 8 ans. Là, j’ai annoncé au gars de l’accueil que je souhaitais officialiser ma sortie du territoire pour arrêter les prestations sociales. Il avait l’air carrément surpris. Après, il m’a demandé pourquoi on partait « vous en avez marre c’est ça ? »
« Non, mon mari est muté pour son travail »
« ah… la chance. Angleterre ? »
« non, USA »
« oh ! vraiment de la chance. Où ? »
« Californie »
J’ai senti que le mec allait s’effondrer.
« vous avez des enfants ? Ah ben oui, sinon vous ne seriez pas là. Ce sera vraiment mieux pour eux, vraiment… Apprendre l’anglais et tout ça, non vraiment. Vous revenez quand ? »
« A priori, jamais »
« Oh là là, vraiment, c’est super »
Le mec est tout de même un employé de l’Etat, c’était assez étrange.

Le chaton a trouvé ses marques. Elle a dormi sur les valises pendant 10 jours.
J’ai aussi eu le temps de rencontrer une copine sur le parking Kiabi. Grand moment de classe internationale. Ou trans-régionale au moins : elle habite dans les Vosges, était sur la route des vacances, et m’achetait les vêtements de Gabrielle trop petits, en 8 ans. Je lui avais dit que ça lui éviterait des frais de port. J’ai pris une vraie claque… la nana est depuis une sorte de Guru. Elle a un mari et deux enfants. Pas grands… 4et 6 ans environ. Et son coffre était RANGE et avait de la PLACE. Oui, de la place, beaucoup de place. A l’intérieur de la voiture, point de papier de gâteaux, ou de pulls qui trainent par terre, ni de bout de jouets lego. Rien. Et c’était une berline, même pas un monospace. Il faut vraiment que je gère mieux nos voyages en voiture. Et mes enfants…

Mercredi, les gars ont fini. Ils étaient 5 depuis mardi. Ils ont été bien dans les temps, sans se presser ni perdre de temps. Ils n’ont pas pu tout emmener. Dans la matinée, le piano est parti. Le transport coûte à peu près la moitié du vrai prix du piano, mais bon... un souvenir d'enfance, ça ne se perd pas. Comme il est parti tard, les gars ont pensé à me laisser mes partitions (ils écrivent mal mais ne sont pas idiots du tout). Ils ont aussi choisi de faire la cuisine en dernier pour que nous puissions manger tranquillement encore un peu. A ce propos, ces derniers jours nous avons choisi des repas qui nous manquerons bientôt: melon charentais, boudin blanc, crêpes de sarrasin, quenelles...
346 colis au total, qui partiront dans quelques jours sur la mer pour 4 semaines de navigation. Quand j'ai plaisanté sur la possibilité que le bateau coule, le gars a répondu "non, ça n'arrive pas... au pire ça flotte. Oui oui, la dernière fois, ils ont retrouvé les container échoués sur une plage. Que ça prenne l'eau? non... c'est hermétique. Puis avec le GPS, on le retrouvera votre container!". Me voilà rassurée. Ou pas.

15 min de travail à 2 gars costauds = 800€
3 jours sans enfants = 3 h de piano
Ils sont partis à 15h, et le soir nous avions pris la route, avec la camionnette, pour emmener des choses chez ma grand-mère à Bernay : le frigo, le sèche-linge, un meuble de salle de bain pour elle, le micro-ondes pour ma mère, et tout un tas de bazar. Nous avons dormi là-bas, et constaté que les enfants avaient clairement pris le contrôle de la situation : Ils ont profité de la fatigue de leur grand-mère, qui doit s’occuper de leur arrière-grand-mère, pour vivre selon leurs règles : comme des punks. Ils sont malins quand même, ils ont su tirer toutes les ficelles. J’ai bien essayé de contester la situation, mais j’ai compris qu’en une soirée, je ne réussirais pas à prendre le dessus. Ils se fichent totalement de nous causer de la fatigue, du souci ou du travail. Tant qu’ils ont leurs jus de fruits, leurs lego, et leurs dessins animés, tout va (sauf la maison et nos oreilles). Demandez-leur de se laver les cheveux ou de ramasser les voitures qui font du tout-terrain dans le jardin, et la vague de protestation grandit. Ils ont été particulièrement démoniaques. Pour la peine, il a fallu les séparer. Le garçon du milieu ayant des cordes vocales puissantes et aigues, c’est lui que nous avons choisi pour ramener avec nous. Les deux mamies ont eu 24h beaucoup moins bruyantes.

Pollution du tour de France. C'est la faute
du maillot à pois rouges. Forcément.

Seul un petit garçon de 6 ans peut apprécier un véhicule pareil

Passer pour un Dieu, acte I: le laisser faire de l'essence
Jeudi matin, départ avec le brailleur, en camionnette. Oh qu’il était heureux. Nous avons même croisé des cerfs et des faons dans les champs de blé moissonnés. Il a compté le nombre de tracteurs croisés, ainsi que les Porsche. Bon à savoir, il y a plus de tracteurs en Normandie qu’à Londres. Par contre pour les Porsche, mieux vaut être à Londres. Nous avons ensuite remis des meubles (ceux qui restaient comme la table de cuisine et son banc, les placards du garage, les pots du jardin etc) pour les emmener vers Dourdan où vit mon amie Karine. Oh merci Karine de nous avoir aidé à nous débarrasser en un si court laps de temps. Je sais que tu as l’impression de nous dépouiller, comme d’autres amis, mais quand on a 10 jours pour trouver un foyer à la moitié de nos meubles, je t’assure que c’est un soulagement de savoir qu’ils vont chez des amis ou la famille, et pas à la décharge. Rentrés à temps pour rendre la camionnette, puis pour commencer le ménage. Raphaël a même refait de la peinture. Au passage, j’ai oublié mon rendez-vous chez le dentiste. Elle m’a pris le soir tout de même, sinon clairement, elle ne me revoyait plus.

Pendant ce temps là, Toby Chien et Kiki la doucette
Ensuite, le temps de rentrer, d’une douche, et un super dîner chez des amis nous attendait. Que cette soirée était douce ! Merci Iris et Paul. Mais nous avons revu beaucoup de monde dans la semaine: Vendredi avant, nous avons vu Mélina et David. Samedi soir nous avions eu la visite d’Anne-Sophie et Jean-Marie. Dimanche c'était Misun qui venait prendre un siège de bureau. Lundi j’ai amené des affaires à donner pour l’école à Hélène, Mardi soir nous avions livré les vélos que Mathilde et Roland nous ont achetés (ils n’ont plus de voiture en ce moment).  Jeudi nous avons vu Clarisse, femme de ménage de ma belle-mère devenue la nôtre, et devenue une amie. Les enfants l’appelaient mamie parfois. Elle a pris sa retraite depuis, mais nous continuons de la voir. Et on est passé chez Virginie offrir une statue dragon à sa fille aussi. On revoit beaucoup de monde, mais personne n’ose dire au revoir (surtout moi, qui finis toujours par « à bientôt ». Sauf Paul qui a sifflé la marseillaise pour la peine. Et le dernier jour, Vendredi, François a revu nos anciens voisins Bruno et Isabelle, qui lui ramenaient des papiers trouvés dans le tas de partitions que sa mère leur avait donné (la mère de François, vous suivez?). Beaucoup de témoignages d'amitiés qui sont très agréables, et tristes à la fois. Doux et mélancoliques. 

Lorsque nous avions fait notre pot de départ, on nous a dit « c’est fou le nombre de personnes que nous ne connaissons». Forcément, on a rarement fait de soirées avec beaucoup de monde, et donc on a peu mélangé nos amis. On aurait dû. On a appris que plusieurs amis avaient beaucoup apprécié se rencontrer. Certaines amitiés commencent j’espère.

J'ai pris le paquet orange. Je vous dirai si c'est bon.

Le Meuh Cola
Le cidre bouché

Vendredi, mon père est venu pour terminer des papiers et nous amener,  le brailleur et moi, en Normandie. François me trouvait trop stressée et préférait que je sois loin pour finir de nettoyer et rendre la maison. Il est rentré en Normandie vendredi soir, après avoir fait la visite de sortie avec la propriétaire. Elle est très tâtillon. C’est dommage, nous lui avons installé des placards, laissé un meuble qui manquait terriblement dans sa cuisine, et François a passé deux fois 10h de travail sur ses ordinateurs. Il semblerait que la gentillesse soit parfois à sens unique. Tant pis, nous avons mieux à faire maintenant, et on a compris que l’argent allait en diminuant, alors récupérer la caution (il y a des volets extérieurs à nettoyer et la vitre d’un velux à laver, on verra combien elle va nous facturer ça) était illusoire. Pendant ce temps là, je m'amusais dans les rayons du supermarché à regarder tout ce que je ne trouverai plus dans quelques jours. Orangina, rillettes, petits écoliers... Mais je n'ai acheté que des biscuits normands pour les premiers jours. La place en valise est très limitée.



Samedi, journée en Normandie. L’herbe y est toujours verte, même en cas de canicule. Enfin là, il fait plutôt frisquet. Une veste et une écharpe quand le reste du pays crève de chaud… On a fait un tour au marché en regardant bien les vieilles maisons, les couleurs des étals. Le soir, nous avons fait un quadruple anniversaire : Gabrielle (6 juillet), Mamie (16 Juillet), Papa (31 Juillet) et moi (4 Août). Pour cela, il fallait absolument un gâteau qu’on ne trouvera pas là-bas : une tarte normande (avec le chiboutz dessus, miam).


Dimanche matin, branle-bas de combat pour essayer de remballer encore nos affaires et ne rien oublier. Arrivés en région parisienne vers 13h, check-in à l’hôtel et dépose des valises, et hop un mac do. J’en peux plus du mc do… j’ai hâte de retrouver une vie « normale ». Enfin, c’est pas pour tout de suite, mais j’espère avoir au moins l’occasion de cuisiner pour de vrai dans moins d’une semaine. Retour à l’hôtel pour vérifier les valises, les papiers, le poids des valises, le remplissage des valises, les tenues à sortir pour la première nuit à San Francisco avant de reprendre l’avion pour Sacramento, les tenues à sortir en avion en cas d’enfant beaucoup trop sali (merci Misun pour le conseil !), les papiers, les papiers, et les papiers. Ensuite, détente en emmenant les enfants, avec les grands-parents, à l’exposition Lego. Retour à l’hôtel pour un décrassage des petits démons en règle : ongles, cheveux, oreilles… On retire la terre de partout. En Normandie, au moins ils auront pris le grand air, et auront eu une meilleure vie qu’avec nous au milieu du déménagement. Mais ils sont retournés à l’état sauvage. La propreté n’est pas du tout une qualité naturelle dans la nature humaine. Le soir, on va dîner avec Mathilde et Roland, qui rentrent d’auvergne. Allez, une dernière pizza. je crois que j'ai transmis à Mathilde ma malédiction de la Calzone (quand j'en commande, y'a toujours un truc qui va pas). Désolée!



Même à l'expo Lego, la Cathédrale est là, ou plutôt son vitrail.
Et c’est la fin de notre dernière semaine Française. Oui je fais dans le mélo. Mais ça fait des mois, en fait, que je regarde chaque chose, chaque monument, chaque personne en me disant que c’est peut-être la dernière fois, que j’apprécie vraiment chaque moment, chaque seconde, pour les graver en mémoire. Oui, il y aura des retours en France pour les vacances. Oui, oui. Mais ce sera plus pareil. Et croyez-moi, dire au-revoir à sa mamie de 92 ans est encore plus dur. Je sais bien qu’elle sera moins connectée à internet que les « jeunes ». Et aussi qu’à son âge, il n’y a aucun moyen qu’elle voyage pour nous voir là-bas. Mais Mamie a un sacré caractère, alors j’espère bien qu’aux vacances d’été 2016 elle verra les trois démons débarquer. Même si j’espère que le brailleur aura baissé dans les décibels, que le petit têtu aura mis du coca dans son vin, et enfin que la grande aura compris qu’elle n’est pas une ado encore.

Demain c’est le grand départ, le grand stress pour être à l’heure. Les grandes larmes aussi.


Au revoir France, au revoir tout le monde. A bientôt de l’autre côté de l’Océan

Château du Max, en Auvergne, quelques minutes avant le Baptême des jumeaux
de Mathilde. 12 Juillet 2015.

vendredi 17 juillet 2015

Les aléas

Petite précision: je tiens avant tout ce blog comme un journal de bord pour que mes enfants puissent le lire un jour. J'ai essayé les petits carnets, mais je finis par les perdre ou arrêter d'écrire. Là, comme j'ai quelques lecteurs (famille et amis proches qui me font leurs commentaires par mail) je me force à écrire plus souvent, et comme c'est internet, c'est conservé de façon plus sûre (si si!). Non, je ne cherche pas à avoir des centaines de "followers" ou de gagner de l'argent, ni à impressionner les autres. Juste que mes enfants lisent leur histoire plus tard... quand ils seront adultes ou dans leurs campus américains, dans une vie qu'on leur souhaite agréable, ils découvriront ainsi que tout n'a pas été un long fleuve tranquille, alors que pour le moment, nous cherchons à leur épargner les aléas et angoisses qui viennent avec.


***

A chaque déménagement, il y a un quota d'emmerdes à respecter. Si quelqu'un a déjà déménagé sans le moindre pépin, qu'il parle maintenant ou se taise à jamais... 

Quand on fait un gros déménagement, logiquement, les emmerdes augmentent, puisque c'est un quota, donc proportionnel. 

Quand nous sommes partis de Paris pour la banlieue, manquant de sous, nous avions embauché la société de déménagement la moins chère. Erreur. Ce n'étaient pas des mecs sérieux, et ils semblaient plus à quelques copains ayant loué un camion, qu'à une vraie société. Nous habitions au 6ème étage avec ascenseur, mais ce jour là il est tombé en panne. Il a été réparé dans la fin de matinée. Et au moment de quitter l'appart, le camion a été bloqué dans la rue par un bus qui s'était coincé entre une voiture et une zone de travaux. Les mecs n'ont pas arrêté de nous demander des rallonges, le déménagement a coûté 50% plus cher que prévu.

Quand nous sommes partis de la banlieue pour arriver à Chartres, nous avons demandé à des copains de nous aider. Rien à redire, ils ont été efficaces et irréprochables. Mais voilà, à l'arrivée, le lave linge a décidé de rendre l'âme. Et 500€ à payer alors que nous étions rincés par frais d'agence + caution + location de camion etc

Quand nous partions de Chartres pour aller quelques mètres plus loin, à Lucé, nous avons eu un accident de voiture quelques semaines avant. Un gros, un violent. Qui a fait des blessés et un mort (ma belle-mère). Et qui a aussi tué la voiture. Les assurances remboursent, oui, mais de très long mois après (presque 1 an). Imaginez le rinçage financier... nous n'avions plus rien du tout. C'est pas notre habitude d'être à découvert, nous avons toujours été sages en dépenses, n'achetant que lorsque nous pouvons. Nous n'avions (et encore maintenant) aucun crédit. Le seul était pour la voiture, qui était fini, et qui  été réduite en bouillie par une camionnette... Nous sommes du genre à ne faire ni grandes économies, ni déficits. Juste à point. L'inverse de la gestion de budget à l'américaine il semblerait... ça va être à revoir.




Et donc là, pour quitter la France et partir en Californie, nous avons:

1/ le déménagement prévu avec 2 semaines d'avance, et 10 jours après la visite du commercial de la société de déménagement qui nous dit qu'il faut virer du cubage. 10m3 pour arriver au gros container de 70 m3.

2/ notre appareil photo qui casse. Bon, là, c'est pas un imprévu qui tombe du ciel, c'est l'appareil photo qui tombe du toit de la voiture qui roule. C'est notre faute. Enfin, c'est la sienne, car moi je n'atteins pas le haut de la voiture. Mais je suis gentille, je dis NOTRE faute car j'aurais pu voir qu'il était posé là (enfin non, car je n'atteins pas le haut de la voiture...). Et hop, 1500€ de matos perdu.


3/ Société de déménagement qui nous avait dit le soir de la visite chez nous "c'est bon, on a le container de 70m3 au lieu du 60m3". En fait, elle l'avait... mais n'avait pas spécialement l'accord de l'entreprise de mon mari! Hier soir, surprise: monsieur, le supplément pour le piano fera 1500€ et celui pour le container plus grand 3500€. Votre entreprise ne répond pas, donc, ce sera à vous de payer. Le piano, ils ont dit non avec fermeté. Pour le cubage... 

4/ La patronne de mon mari (qui aurait pu donner une réponse pour payer ou pas) est en "out of office". On ne sait pas quand elle rentre. Il reste 3 jours, dont 2 jours de week-end, avant le déménagement... devons-nous virer 10m3 de meubles en 3 jours ou pas?? mystère. Sachant que les meubles qu'on vend (prix minuscule... pas le choix) ou donne devront être rachetés là-bas.

Avant: la grande bibliothèque, et qu'on voit un peu seulement devant: un canapé 3 places, un canapé 2 places et deux fauteuils:



Après: Bibliothèque vendue (nous avons descendu la petite bibliothèque des enfants pour combler le vide), et canapé 2 places + fauteuil donnés. Nous faisons tout pour sauver les meubles de famille, car c'est tout ce qui nous reste de la grand-mère des enfants décédée dans l'accident de voiture avec nous il y a 3 ans. Il a fallu aussi donner tous les CD, viré la moitié des DVD, des livres, de la déco (bon ok, bibelots qui encombrent) mais aussi virer des tissus, des jouets, du linge de maison, de la vaisselle, des ustensiles de cuisine, des petits meubles... Mon mari a donné toute sa collection d'épées et vendu en partie des vins. Nous avons surtout beaucoup donné à la famille et aux amis, au moins, on a l'impression que ça sert, aide ou fait plaisir.



5/ La "relocation" (et non pas EXPAT) de mon mari est gérée par une entreprise extérieure à son entreprise. Ils sous-traitent (c'est courant). Celle qui est en charge du dossier ne nous semble pas pressée. Ils savent depuis des mois que mon mari commence son contrat au 1er Août, et qu'il doit être là pour le 1er Août. Mais non, déménageur prévenu début Juillet... On a demandé une date de départ en avion, ils ont mis 4 jours à prendre le billet, et le résultat... nous ne serons pas assis au même rang. On a 2 sièges, 2 sièges, et 1 siège. Qui sera seul? Un adulte probablement. Mais ça signifie 2 enfants seuls à côté d'un inconnu... et comme ils auront les animaux à leurs pieds, ça sera fun. Peut-être que ça fera fuir leur voisin qui acceptera de remanier les sièges... mais ça me casse vraiment les pieds. Pour leurs premiers vols, nous ne serons pas à côté d'eux. Les enfants jouent déjà à l'avion avec les chaises de jardin... 



6/ Cette dame donc, toujours pas pressée, n'a visiblement pas pris soin de trouver notre logement temporaire à l'avance non plus. Ce matin, nous avons un mail disant qu'elle ne trouve pas de "extended stay hotel" pour nous. Donc, nous n'avons pas (pour le moment, soyons positif) d'endroit où dormir quand nous débarquerons avec 3 enfants et 2 animaux. Stressant? non pas du tout... l'idée d'être sdf me remplissait déjà de joie, un peu plus de précarité semble donc la bienvenue.

7/ Passons au problème animalier. Nous avons un bouledogue et un exotic shorthair. Deux races à "nez retroussé". Donc interdits en soute dans les avions. En cabine, nous n'avons trouvé que Air Canada qui prend les animaux jusqu'à 10 kg pendant l'été (sinon Delta le fait aussi). Ca signifie faire une escale au Canada (Montréal). Bon, ça, déjà dit. Pour importer des animaux, chaque pays a son lot de fantaisies... La Californie est super cool pour les chats: ils demandent rien. Mais le Canada veut que les chats de 3 mois et plus soient vaccinés contre la rage. Bon... le jour du voyage, elle aura 3 mois pile. Il faut donc la faire vacciner. Mais en France, on ne peut pas vacciner AVANT 3 mois. La solution??? la vacciner le matin même du départ en avion. Heureusement que nous avons choisi un vol en début d'après-midi. Nous avons trouvé un véto à 8h45 en région parisienne. Quand au chien, qu'on a mis au régime pour faire impérativement 9kg le jour J, a volé les croquettes du chaton plusieurs fois. La balance est aussi sévère que pour les femmes qui veulent aller à la plage en bikini: + 600gr. Régime à refaire... 



8/ Comme nous passons par le Canada, une autre loi s'applique: pas de nourriture pour animaux autorisée, même en transit, même en soute. Nous arriverons à San Francisco vers 21h, et nous n'aurons pas une croquette pour nourrir nos 4 pattes... En plus, ils nous obligent à reprendre un avion le lendemain (après une nuit d'hôtel) pour aller à Sacramento. San-Francisco-Sacramento, en voiture c'est environ 2h. Imaginez faire un Paris-Rouen en avion... c'est pas rentable, ni en temps, ni en argent. En plus, ce sera un canadair. Oui oui, nous volerons en canadair. En vrai, ça ressemblera à ça:



Hier j'ai emmené les enfants chez ma mère pour qu'ils y restent jusqu'au départ. Les derniers jours à la maison n'ont pas été glorieux. Ils veulent jouer, chahuter, et nous ne sommes pas en mesure de tout supporter: ni les jouets à ranger qui étaient encartonnés quelques heures avant pourtant, ni les lessives à faire car ils ont décidé de faire des coloriages et de tester le feutre sur le T-shirt, ni les cris quand ils se disputent pour la place qu'ils ont sur le canapé pour regarder Harry Potter. Ils ont fait leur dernier repas à Chartres et c'était vraiment naze: des restes. 

La semaine dernière nous avons essayé de faire un petit pot de départ, la nourriture était un peu mieux: charcuterie, vin et fromage à volonté. Juste avant, nous avons revu nos amis/famille savoyards qui ont fait tout le chemin pour qu'on se revoit une dernière fois avant l'an prochain. Enfin, j'ai pas pu regarder leur voiture partir au loin... le temps des larmes a déjà commencé en Juin avec la Kermesse et ne se finira pas de si tôt.


C'est tellement flippant que ma fille veut apprendre à tirer les cartes pour connaître son avenir. C'est ma faute, j'ai commencé à le faire quand j'étais ado, et j'ai continué depuis. Elle voulait savoir comment ça irait à l'école (à priori, les cartes sont bonnes, mais elle doit surveiller son côté tyran et apprendre à résister aux tentations). 


Mes cartes je les ai tirées depuis longtemps et elles étaient très souvent les mêmes: l'Hermite, le Pendu, l'Impératrice et la Roue de la fortune. L'Hermite c'est la patience, le Pendu le sacrifice, l'Impératrice c'est l'aboutissement par l'action, et la Roue de la fortune, c'est un changement (positifs). Je suis pas Mme Irma ni une experte du tarot. Je pense juste que ça se confirme: on a attendu 3 longues années, on doit sacrifier beaucoup de choses (humainement et matériellement). Mais la roue tournera si on fait les bons choix et qu'on ne baisse pas les bras.

Alors que j'écrivais à une copine que le salaire promis à mon mari avait baissé de 20000 $, et que c'était pas grave, elle m'avait dit (sans méchanceté) "mais vous devez être sacrément riches!". Et non. Mais j'ai bien trop vécu pour savoir que l'argent ne fait pas le bonheur. Ce n'est pas la taille de la maison qui fera ma joie, ni le nombre de meubles dedans. Si on doit vendre ou donner pour atteindre les 60m3, je le ferai, et c'est pas ça qui me fera pleurer. Oui c'est pénible car on a 3 jours pour le faire. C'est plus l'emploi du temps qui me gêne. Mais l'état du compte en banque, on fera avec. Et oui, 20000$ de moins sur le salaire, c'est vraiment beaucoup. Mais c'est toujours suffisant pour vivre, donc non, c'est pas grave, pour de vrai. Le plus important, c'est de vivre, et de vivre sereinement. L'argent n'achètera jamais ça. Après l'accident de voiture, ce qui a fait le plus mal, ce ne sont ni nos blessures, ni la perte d'argent. C'est le décès de ma belle-mère (et accessoirement, les problèmes de famille qui sont venus avec. MA famille nous a aidé, mais de l'autre côté, ce fut tout l'inverse, et ça continue). Aucun argent n'a calmé mes angoisses de maman à chaque opération de mes enfants, et aucun argent ne remplacera les êtres qui manquent. Alors si l'entreprise veut 1500€ pour mon piano, on va essayer de les donner. Car ce piano ne peut pas être remplacé. C'est celui sur lequel j'ai appris à jouer. C'est pas une grande marque, c'est pas un piano extra. Mais c'est celui sur lequel j'ai trouvé les notes (toute seule, j'en suis fière) de "Jesus que ma Joie demeure" de Bach vers 5 ans. Et j'aurais dû en rester là toute ma vie: Que ma Joie demeure!

Donc mes enfants, nous prenons un nouveau départ. Pas à zéro, faut pas non plus exagérer. Vous allez perdre un peu votre confort. Ca vous apprendra que dans la vie, rien n'est jamais garanti. Et c'est très bien comme ça. Ca nous force à avoir de la gratitude pour chaque chose. Personne ne nait avec la garantie d'avoir toujours un toit, ou la santé, ou un compte en banque bien rempli. Tout peut se perdre, revenir ou pas, ou ne jamais s'acquérir non plus. La vie est une montagne russe. On sait jamais ce qui va arriver. Accepter les creux et les bosses est le seul moyen de garder sa joie. On va forcément vivre tout ça, on peut le faire en râlant, ou en acceptant les contraintes. Comme me l'a rappelé aussi mon amie Ophélie: le bonheur ce n'est pas d'avoir un beau soleil tout le temps, mais d'apprendre à danser aussi sous la pluie.

Je finis en vous laissant avec la chanson qui a achevé la kermesse de l'école des enfants, en Juin dernier. Pour que les CM2 disent aurevoir, ils ont chanté Hugues Aufray Santiano. Vous pensez bien que ça nous a fait un petit quelque chose. Surtout que depuis, les enfants le chantent souvent.


Tiens bon la vague et tiens bon le vent. 
Hisse et ho, Santiano! 

Si Dieu veut toujours droit devant, 

Nous irons jusqu’à San Francisco. 




jeudi 9 juillet 2015

un voyage de mille lieues commence toujours par un premier pas


On va commencer par les bonnes choses...

Lundi, Mademoiselle Sushi a eu 9 ans. 9 ans que je suis mère... Ne pas tomber dans la sensiblerie... 
Pour qu'elle puisse fêter une dernière fois son anniversaire avec ses amis, on a lancé des invitations pour le mercredi 1er Juillet, jour de canicule à 37°C. Comme je m'y suis prise en retard, comme pour tout en ce moment, je suis pas tombée sur le bon jour. Sur les 4 amis, 2 n'étaient pas libres AVANT midi, 2 n'étaient pas libres APRES 16h. Vous avez deviné le créneau qui me restait? On complique un peu plus: un des amis va avoir bientôt un petit frère ou une petite sœur. La maman est enceinte jusqu'aux yeux, et la canicule n'est jamais l'amie de la grossesse. Elle craignait de ne pouvoir sortir. 
Et hop, une autre contrainte: nous étions allés chercher le chat la veille à pétaouchnok, 10h a/r dans la journée, absolument pas le temps de préparer quoi que ce soit.
Au milieu des contraintes, il existe toujours un chemin:
Je suis donc allée chercher les 2 amis au conservatoire à midi, et j'ai emmené tout ce petit monde au McDo, dans un endroit climatisé. Mais l'aire de jeux ne l'étaient pas, et j'ai vu les 5 poussins devenir des poulets rôtis. Nous sommes donc allés en face, chez KFC, où il y a la clim dans l'aire de jeux. Mais en plus il y avait un clown qui fait des ballons en forme d'animaux et un spectacle de marionnettes. Les enfants étaient tous aux anges, ils se sont défoulés pendant 2h sans griller comme des croques-monsieur. 



Gabrielle a pu avoir sa petite fête d'anniversaire. Lundi, nous n'étions que elle, son papa et moi. Direction pizzeria. Comme nous étions en retard (comme pour tout en ce moment... hein quoi? je me répète???), nous sommes arrivés au resto à presque 14h, et l'équipe a été aux petits soins pour son anniversaire: cocktail d'accueil, et invitation à aller préparer ma pizza avec le pizzaïolo. Je crois qu'elle est vernie par la chance en ce moment, non?? Mais la miss est maline. Elle m'a réclamé d'aller dans un centre commercial à 1h15 de route pour aller à la boutique Lego. Le demi-paradis pour elle (l'autre paradis étant une librairie). Elle a négocié sévère "mais maman, tu feras du shopping en plus, je te suivrai partout sans me plaindre! on pourra aller chez HEMA ou Uniqlo". Elle m'a bien eu. Mais elle l'a mérité aussi. Cette année elle est arrivée en CM1 sans passer par le CE2, et elle a fait une bonne année, restant dans les premiers de sa classe, et ayant un comportement en classe exemplaire d'après sa maîtresse. Donc j'y suis allée. Ca m'a bien fatigué. Elle a été bien gâtée. 


Quelques semaines avant, elle avait passé commande de quelques livres... Elle voulait partir aux USA avec tous les Chi. Vous connaissez Chi ?


C'est l'une des deux raisons pour lesquelles nous avons désormais un chat à la maison. On a trouvé un presque Chi en vrai. L'autre raison est le chat d'Hermione Granger (Harry Potter): Crookshanks. Mais il est roux, et c'est un persan. On voulait un chat sans nez. 


C'est presque la même, non???

Bon, à parler de chats il faut revenir à nos moutons, les plus sérieux et moins mignons. Le déménagement. Nous avons donc les dates, mais nous avons aussi eu hier, mercredi 8 Juillet, la visite de la commerciale du déménageur (choisi par l'employeur). Et nous avons un problème. Notre maison ici est grande. Le Clou travaillant à domicile, et moi-même étant au foyer, et nous deux ayant nos 3 petits clous (plus un chien sans nez, et un chat sans nez), nous souhaitions de la place pour ne pas vivre en ayant envie de guerroyer pour gagner un peu d'espace vital. La commerciale l'a dit: votre ameublement est parfaitement normal pour la maison. Mais ça rentre pas dans le container qui fait 60 ou 70 m3 selon le modèle. Nous avions déjà vidé le superflu, maintenant il faut vider aussi du vital. Adieu Salon (canapés et fauteuils, bibliothèque). Adieu chambre des parents (lit, armoire, commode). Adieu chambre des garçons (lits, armoire, commode). Gloups. Certains meubles sont déjà partis, mais... ceux qu'on avait prévu de garder, nous n'avons que 10 jours pour leur trouver une nouvelle maison. C'est court, non??


En plus de cette contrainte de cubage, il y a la contrainte que le container va vivre un mois en mer. En plein été. Donc chaleur + humidité. Attention les dégâts. Pas d'aérosols, de liquides, de nourriture. Logiquement, on vire aussi tout ce qui est en cire (les bougies), qui risque de fondre.Et il y a le problème de la douane américaine: pas d'alcools qui vont retarder le trajet du container. Et le problème de l’électricité aux USA: ils sont en 110 V, nous en 220 V. Nous avons vérifié tous nos appareils électriques. 80% sont donc donnés, vendus ou à jeter. Le tri va être donc assez radical. Le problème, c'est que ce sont surtout des choses utiles, donc à racheter là-bas. L'émigration n'est pas un bon plan financier, contrairement à ce que beaucoup croient. C'est plutôt un gouffre immédiat. On doit partir avec seulement la moitié en gros de ce qu'on avait entassé acquis depuis quelques années, ce qui ne serait pas un problème en soit s'il ne fallait pas, une fois arrivés dans notre futur home sweet home, reconstituer presque tout l'ensemble !


Pour compliquer les choses, l'entrée de notre maison est impossible pour un container de 12 mètres de long et 2.80 mètres de large. Soit le camion bloque la rue, soit ils vont remplir le container plus tard, en utilisant un simple camion de déménagement chez nous. Elle compte 3 jours et environ 8 gars. Il faut emballer, protéger les affaires. Le container va pendre au bout d'une grue par moments, tanguer sur un bateau... Non non non, il ne faut pas y penser... le bateau ne  coulera pas, le  container ne va pas se renverser sur un côté non plus, mes affaires ne seront pas broyées... tout ira bien. 


Les garçons étaient avec leur grand-mère jusqu'à aujourd’hui. Je les ai ramenés au bercail temporairement. La tranquillité est finie. Bon, en mère absolument parfaite et bien organisée, j'ai oublié leurs valises là-bas. Tout va très bien madame la Marquise. Tout va très bien, tout va très bien. Pourtant il faut que je vous dise, on déplore un tout petit rien. Un incident, une bêtise...
C'est pas grave, j'ai encore de quoi les habiller. C'est un peu gênant pour la préparation des valises pour le voyage en avion (nous sommes plus chanceux que les meubles. Moins de temps que le bateau, de chaleur et de tangage....). Car oui, nous avons enfin les billets d'avion. Lundi 27 Juillet. 2 jours après avoir rendu les clefs de la maison. 5 jours après la fin du déménagement. 


Dans l'avion, nous aurons 5 grandes valises, 3 valises cabines, 1 chien, 1 chat, chacun son sac à dos. Mais, ça ne rentrera pas dans une seule voiture! Nous prendrons 3 avions avec une nuit d'hôtel entre l'avion 2 et 3. Tout ça parce que chien sans nez, et chat sans nez ne sont pas acceptés dans les soutes, question de sécurité sur ces races. Mais pour les accepter en cabine, seul Air Canada accepte un poids total (sac inclus) de 10 kg. Au lieu d'un vol direct Paris-San Francisco en A 380, nous aurons une escale à Montréal. Ce qui signifie traîner tout notre barda. Et aussi une chance de plus que les bagages soient perdues en cours de route. Mais on finira bien par arriver quelque part. Là-bas, nous irons à l'hôtel pour quelques temps. Pas de maison, pas d'école. J'ai reçu les certificats de radiation des enfants. 

C'est définitif, nous avons perdu tout sentiment de sécurité. Vous savez, un de ces besoins essentiels?? sécurité matérielles: la France est bien plus protectrice au niveau de l'emploi, nous avions une maison fort bien meublée et nous n'avons plus grand chose. Sécurité affective: ici nous avons famille et amis, là-bas c'est à créer et découvrir. Sécurité vis à vis des enfants: avec ses qualités et ses défauts, je connaissais bien l'école en France. L'école américaine me tente beaucoup, mais pour ça il faut déjà pouvoir y inscrire les enfants. La rentrée scolaire étant le 18 Août, il parait peu probable que les enfants puissent y être dès le premier jour comme leurs (futurs) camarades. Et je ne parle même pas de la logistique, de la paperasse... L'émigration... quand je songe à ceux qui ont quitté leurs pays au siècle passé qui partaient avec au maximum une valise, je ne me plains pas. Nous avons tout de même un confort et une grande sécurité. Mais ce n'est tout de même pas quelque chose de facile ou rapide. Il faut tout de même quitter sa vie ici. Et c'est un adieu qui est pas vraiment facile à faire quand on aime son pays, sa ville, sa vie, sa famille, ses amis... 


J'ai fait ce tableau en broderie pour mon amie qui déménage en même temps que nous, pour sa nouvelle maison. C'est une de mes nouvelles devises. Plutôt que d'être anxieuse, d'imaginer le pire... Mieux vaut toujours croire qu'une chose merveilleuse va arriver. 

samedi 4 juillet 2015

Quelques infos

Nous avons des visas: 5 ans

Nous avons une date de déménagement: 21/22 Juillet

Nous avons un nouveau membre dans la famille: Lady bug


Nous avons... beaucoup de boulot! Et avec cette chaleur...

dimanche 14 juin 2015

Place de la Concorde

Vendredi 12 Juin est une date importante. Nous avions un rendez-vous très important.
Hélas, c'est le jour où la bestiole qui pique les paupières (ça arrive chaque année depuis que nous sommes à Chartres) a décidé de piquer Pierre. Il avait bien mauvaise mine au réveil... 



Vraiment... Sale bestiole.
Heureusement, nous sommes partis à l'heure, et nous avons eu la dose de bouchons prévus. Départ à 7h pour un rdv à 10h (il y a normalement 1h15 de route). Nous sommes arrivés à 9h, ce qui est un exploit. Plus grand exploit encore, nous avons réussi à nous garer dans Paris au bout de 5 min.


Sauf que là-bas, on nous a dit que l'heure, c'était l'heure, et avant l'heure, c'était pas l'heure. Passez votre chemin et revenez avec seulement un quart d'heure d'avance. Donc nous avons joué les touristes. On a eu du mal à leur arracher un sourire pour une photo. Pourtant Gabrielle étant en ce moment fan de l'Egypte, de Napoléon et d'Astérix, l'Obélisque de la Concorde devait lui plaire. Mais non. Elle voulait seulement être à l'heure au rendez-vous.


C'est pourtant joli comme quartier. Mais bon, après avoir réclamé des sourires pendant 20 minutes, nous avons pu retourner à notre lieu de rendez-vous car c'était enfin l'heure. Le grand moment. Rendez-vous à l'ambassade des Etats-Unis pour finaliser les visas. Les enfants devaient être présents, sinon nous les aurions gentiment laisser à l'école (Gabrielle avait un tournoi de rugby, elle était aux anges d'éviter cette corvée).


Il n'y aura aucune photo de l'ambassade, de près ou de loin, de dehors ou de dedans. On ne plaisante pas avec la sécurité, surtout après les attentats de cet hiver. Aucun appareil électronique, ou clé USB ne franchira la porte de l'ambassade. On avait emmené des livres pour occuper les enfants. Le collègue de François qui est relocalisé en même temps que nous y a passé quatre heures, nous étions inquiets de la gestion de l'ennui... Mais finalement, contre toute attente, il n'y a pas eu d'attente. Pas plus de 5 minutes d'attente par guichet. En une heure de temps pour étions ressorti. Juste à temps pour aller déjeuner, ce qui a beaucoup plu à Gabrielle qui craint les retards de repas encore plus que les retards à rendez-vous. 


En retournant à la voiture, nous avons enfin eu les sourires. Devant la maison du président de la République Française (Raphaël n'arrive pas à croire qu'il vive sans enfants et sans payer dans une si grande maison). C'est un grand jour donc. Nos visas sont accordés, ces enfants-là pourront vivre en américains pendant 3 ans au moins. Plus si on peut. Et voilà, maintenant le ressort est bandé. Cela n'a plus qu'à se dérouler tout seul. (fans de Anouilh, je vous salue).


Enfin presque... disons que le ressort nécessite beaucoup de sueur humaine. Première étape: déménager une partie de la chambre des garçons en Normandie, dans la maison de ma grand-mère. Si on veut pouvoir revenir pendant les grandes vacances, il faut bien que les enfants puissent dormir quelque part. La chambre d'enfant de la maison avait besoin d'un sol, car le plancher nu depuis 35 ans n'était pas au top... On vire les vieux meubles, les vieux jouets cassés... 


Quand je dis sueur humaine, sachez que la sueur canine ne vaut rien du tout. A peine une patte posée qu'elle se couche. Vendredi nous avons chargé les meubles dans le camion, fait la route. Samedi, il a fallu tout vider, tout remplir. Et que je fasse un aller-retour sur Paris pour acheter une moquette, dans LA couleur que ma mère souhaitait, et qui n'était pas disponible ici. Une grosse journée de travail, avec l'aide de la famille. Mais aucun enfant et aucun chien n'a risqué la foulure: comme à leurs habitudes, ils ont été trop occupés autrement. Je vous prie tout de même de bien voir sur la photo ci-dessus la tête de l'aspirateur qu'on aperçoit dans le couloir. R2D2 existe en vrai! il vit chez nous depuis quelques décennies.. 


Bon, j'avoue maman, la moquette va très bien dans cette chambre, tu as bien choisi. Ca valait presque les trois heures de route. Gabrielle pourra dormir aussi: il y a un tiroir lit! Au passage je reçois un coup de téléphone d'une agence immobilière qui voulait faire visiter la maison la semaine prochaine. Mais, aurions-nous donné notre préavis sans le savoir? Non non... Je suis superstitieuse. Nous avons prévenu la propriétaire que nous partons sous peu (préavis de 1 mois normalement, c'est court, nous préférons ne pas lui faire de surprise). Mais nous n'avons pas de date, pas de contrat signé. Alors les visites vont patienter quelques jours ou semaines si possible, je n'aimerais pas que ça nous porte la poisse. 


Les enfants ont crié "oh, c'est beau maintenant!". Ils ont surtout adoré la collection de peluches de Papy, qui a été complétée par une partie de la leur. Ainsi que quelques jouets et livres. On commence le tri. On ne va pas tout emmener aux USA, on en laisse un peu ici... 


Et comme eux ne manquaient pas d'énergie après une journée de non-labeur, ils ont tout tenté pour martyrisé le pauvre cerisier. Des calamités... 


Et Dimanche, retour à la maison, pour cette fois recommencer le tri et le grand ménage dans la chambre actuelle des garçons. Comme nous n'avons pas de lit pour eux en ce moment (on hésite à les acheter ici, ou aux USA, il y a un problème de taille standardisée de matelas. 97 x 190 ou 90 x 200 ? telle est la question), nous avons remis en service leurs lits de bébés. Ils trouvent ça très drôle. Dans le placard, où il y avait les étagères désormais déménagées, j'ai rangé les valises, qu'il faudra bientôt remplir.


Nous attendons l'arrivée des visas sous peu, et nous espérons ainsi avoir enfin la date du déménagement... La pression est grande: arriverons-nous à scolariser les enfants à temps pour la rentrée scolaire? Les enfants participeront-ils un jour autrement qu'en salissant, dérangeant ou détruisant? June Bug le bouledogue sortira t-elle un jour de sa sieste? Comme disait Descartes: "la seule chose dont je suis sur, c'est que je doute". Surtout concernant les enfants...