lundi 28 novembre 2016

Savoir inutile et indispensable

A Paris, le jour le plus long est, comme chacun sait, aux alentours du 21 Juin. C'est le solstice d'été. Ce jour là, le soleil se lève avant 5h50, et se couche après 21h50. Il y a 16h08 de soleil dans la journée.

Chez nous, en Californie du Nord, le soleil se lèvera à 5h40, et se couchera à 20h30. Ce qui nous fait 14h50 de soleil. C'est donc 1h20 de jour en moins qu'à Paris. 

A contrario, pour le solstice d'hiver, qui se trouve peu avant Noël, le 21 Décembre, les Parisiens verront le jour de 8h40 à même pas 17h, pour 8h13 de soleil précisément.

Mais ici, si le soleil se couche quasiment à la même heure, il se lève bien plus tôt: 7h20 - 16h55. Ce qui nous donne 9h25 de soleil, soit moins d'une heure d'écart avec Paris.

Si vous suivez bien: pas de longue soirée estivale pour nous. A 20h30 au plus tard, le soleil s'endort. Mais nous avons le soleil bien plus matinal en hiver.


Si les horaires d'école et de dîner sont différents d'un pays à l'autre, il faut parfois rechercher des explications naturelles. L'école commence tôt, mais nous n'y allons jamais de nuit. Nous quittons la maison à 7h30, et même au solstice d'hiver nous avons le jour qui pointe son nez. Et nous ne voyons pas la nuit, l'école finissant à 14h20. Il n'y a pas cette impression de vivre dans la nuit. Nous dînons plus tôt, car même en été, nous n'avons pas cette impression de pouvoir prolonger la soirée. Il faut dire que la France devrait être à la même heure que Londres, soit GMT. Paris est à GMT + 1 car Hitler voulait unifier son empire... et a fait basculer la France à l'heure de Berlin. Chose qui n'a jamais été changée depuis. Ce n'est donc pas tant que les Français sont tardifs par rapport aux pays anglo-saxons, mais plutôt qu'ils sont naturellement restés à un rythme proche de celui du soleil. Ainsi, lorsqu'il est 7h en France, il est 6h en Angleterre. Un parisien se lève donc à 6h selon le soleil. 

San Francisco à la tombée de la nuit

Autre différence remarquable: en France on considère le changement de saison en fonction de ces quatre repères: solstice été/hiver, et équinoxe printemps/automne. Ce qui fait que nous passons à la prochaine saison les 22 Mars, 22 Juin, 22 Septembre et 22 Décembre. Ici, j'ai noté qu'ils considéraient le changement de saison au premier du mois: 1er Mars, 1er Juin, 1er Septembre et 1er Décembre. Ils appellent ça "l'hiver météorologique", contrairement au 22, qui est l'hiver "astronomique".

Nous avons aussi un changement d'heure été/hiver. Mais il a lieu une semaine après la France. Ainsi, deux semaines par an, seulement 8h nous séparent. 

dimanche 20 novembre 2016

Scoumoune*

La vie, c'est comme une boîte de chocolats. On ne sait jamais sur lequel on va tomber.

Si vous ne connaissez pas cette phrase, mes enfants, vous êtes en sérieux manque de culture. Filez voir Forrest Gump, et vite!


Donc il y a des moments où tout va bien. On tombe sur le bon chocolat. C'est rare en fait, mais ça arrive. On gagne au loto, on rencontre l'homme de sa vie, on réalise son rêve d'enfant ou bien on passe des vacances paradisiaques.

Il y a les périodes soucieuses. Où on a beaucoup de petites choses désagréables à gérer. Le quotidien, les factures à payer, les ampoules à changer, le frigo qui lâche... 

Et il y a les périodes terribles, où de graves malheurs s’abattent sur nous. 

Le plus grand apprentissage de la vie est de savoir se réjouir des périodes heureuses, sans se préoccuper des détails. De prendre le temps de pleurer des grands malheurs, puis s'en relever. Et en dernier, le plus dur, savoir remettre à leur juste place les périodes soucieuses. Ca prend souvent des années. Certains réussiront peut-être à gérer ça très tôt, et d'autres ne sauront jamais le faire. Il s'agit en fait, de savoir, quand on a des problèmes dans sa vie, ne pas leur donner une plus grande importance qu'il n'en a en réalité. 

J'ai connu, comme tout le monde, mon lot de joies et de peines dans ma courte vie. Des gros, des petits. J'ai constaté qu'on gérait mieux les gros que les petits, étrangement. On va râler des jours entiers, se soucier sans demi-mesure de choses de peu de conséquences. Et quand un drame arrive, on a bien trop tôt fait de relativiser, dédramatiser, passer à côté. Quand aux joies, on attend, on exige qu'elles arrivent, presque toutes seules. Et si elles sont en nombre inférieur à ce que nous pensons être le dû d'une belle vie normale, alors, on se déclare officiellement sur facebook avec un "vie de merde". Ou VDM, pour les intimes.

Ces dernières semaines ont encore été pour moi l'occasion de revoir tout cela. 

-La fuite d'eau. Nous avons eu, je le disais brièvement dans le dernier billet, une infiltration d'eau à la maison. En France comme aux USA, ça n'amène rien de bon. Nous avons eu la visite de l'assurance le jour d'Halloween, nous disant que l'intérieur serait couvert, mais pas la réparation du toit, ou du mur qui avait provoquait cela. Et moins une franchise de 1000$. J'ai passé une mauvaise soirée. Moi qui souhaitais profiter de cette fête typique américaine, j'ai pas réussi à me détendre. Tout ce que je voyais était que cette année encore, les finances allaient être compliquées, et qu'on pouvait déjà arrêter de penser à un retour en France l'été prochain. Jusque là, je gère. Mais imaginer dire à mes garçons "je suis navrée, vous ne rentrerez pas au pays avant encore 2 ans", m'a bouleversée. J'ai tenu bon la soirée, mais le lendemain, mon esprit tortueux m'a réveillé à 4h. J'ai pleuré, et ça m'a rappelé les bons souvenirs du mal du pays de l'an dernier.

MAIS, mais... J'ai décidé il y a quelque temps que je faisais le choix de la joie. Et que les sentiments, aussi, peuvent se raisonner. J'ai pleuré ce que de droit, puis j'ai pris ma douche, fait mon maquillage, nourri les enfants et préparé leurs lunchboxes, et je les ai amenés à l'école. A la fin de ma routine quotidienne, j'avais déjà digéré ce problème d'argent. 

-Le lendemain, mardi 1er novembre, férié en France mais pas aux USA, une équipe avait déjà commencé à travailler. Ils ont scellé les murs abîmés avec du plastique, mis des grosses machines dedans. Les couloirs ont été recouverts de papier et protégés. Nous avons 3 chambres abîmées, dont les murs devaient être asséchés. La moisissure avait commencé à s'y développer. François a démonté le lit des garçons pour les installer dans la salle de jeu. Les ouvriers ont mis leurs machines en route, et ce fut le début de 8 jours non stop de soufflerie à la maison. 8 jours avec l'équivalent de 3 très gros aspirateurs au niveau sonore. On a connu mieux pour la migraine. Les enfants ont eu une certaine tendance à être irritable. Nous aussi, en fait. Mais ça n'a plus du tout affecté le moral. On attendait juste, tout de même, de savoir combien coûterait de réparer le toit. 

-Mercredi matin, j'avais rendez-vous avec ma copine Anita pour prendre un café. On devait se retrouver chez Starbucks après avoir déposé les enfants à l'école. J'ai donc, pour une fois, pris la voiture au lieu de marcher pour l'école. Le système ici est pratique: il y a une file pour déposer les enfants à l'école en toute sécurité, et du personnel enseignant qui fait la surveillance du parking pour que les voitures ralentissent. Après les avoir déposés, j'ai donc pris la direction de l'un des 3 starbucks situé à moins d'un mille de chez moi. Je m'arrête au stop, comme d'habitude. Je redémarre tranquillement, comme d'habitude car juste après il y a un feu tricolore qu'on ne voit qu'après avoir dépassé un arbre. Et vous savez comme on connait bien son quartier... ce feu là est rapide. Il passe vite au rouge, vite au vert. Quand mon arbre me laisse entrevoir que le feu est orange (on dit jaune, ici), je suis comme toujours les instructions apprises lors de mon permis: on regarde dans le rétroviseur si l'arrêt est sûr, puis on s'arrête. Il n'y avait rien dans mon rétro. Je m'arrête quand le feu vient juste de passer au rouge. Comme appris aussi, mon pied appuie fermement sur le frein, toujours "si quelqu'un te rentre dedans, tu te retrouveras pas projetée au milieu de l'intersection, à la merci des autres voitures". Je tourne la tête à gauche pour regarder les voitures démarrer sur la gauche, avec cette instersection, c'est quasi instantané. Et là, d'un coup, gros coup de poing dans la figure. Je le reconnais... je l'ai déjà vécu. Ca s'appelle un accident, et ma tête a heurté quelque chose.

Contrairement à ce que l'on peut croire, un accident fait peu de bruit. Dans les films, on entend un bruit de métal, de verre qui se brise, un gros boum. Un vrai accident est plus silencieux. Le parebrise ne fait pas de bruit en cassant, la tôle qui se froisse ne s'entend pas. C'est comme un "ploc", amorti. 

Ma première réaction, ce que j'ai ressenti, était un sentiment enfantin, puéril. "non, je veux pas, pas d'accord, je refuse. Je refuse d'être encore blessée, je refuse de recommencer les problèmes". J'ai déjà connu ça en 2012, en version grave. Je suis restée dans ma voiture, sans bouger, en commençant à pleurer. Je ne sais même pas ce qu'il faut faire en cas de problème ici. Je refusais absolument tout ce qui se passait. 

Un type vient à ma fenêtre, et je vois une voiture arrêtée à droite, avec un mec qui sort. Le type à gauche dit "So... do you want to call 911 or? ". J'ai répondu que je savais rien, je voulais juste appeler mon mari. C'est dans ces moments où on fait pas la fière d'être immigrée. On a l'impression qu'on sera forcément fautif de quelque chose. François était resté à la maison pour accueillir les ouvriers, pour me permettre de prendre cette petite heure avec mon amie. Mais mon téléphone, bien entendu, avait volé loin derrière. Je l'ai appelé en pleurant, il a dit qu'il arrivait. Le mec de droite entre temps était venu dire à l'autre qu'il avait déjà appelé 911, et les pompiers / ambulance / policiers arrivaient déjà. 

Après, donc, j'ai du répéter plusieurs fois à plusieurs personnes que j'étais juste arrêtée au feu rouge, que j'avais freiné en voyant le feu orange. Je sais qu'ici, on ne s'arrête pas vraiment au feu orange. Les feux sont souvent grillés. J'ai pris le temps de regarder derrière... il y avait une voiture emboutie. Un coupé BMW roadster Z3. Je me suis dit que c'était un riche, qu'il prendrait un bon avocat pour me rendre coupable, puisque les immigrés ont toujours tort, et qu'en plus de payer mon toit et mes murs j'aurai à payer sa voiture. L'ambulancier me demande si je vais bien, je lui ai dit que j'avais mal au visage. Il me dit que j'ai une petite coupure. Il est gentil, et rassurant. C'est son métier. Avec François on décide que j'irai pas dans l'ambulance, il m'emmènera aux urgences plus tard. Ici tout coûte un bras, et parois le reste du corps avec. Alors on va éviter les factures supplémentaires. La police prend des mesures, des dépositions. Les pompiers nettoient les débris et l'essence répandue au sol. François va demander à l'autre conducteur ce qu'il s'est passé, et sa réponse est "je ne dirai rien avant d'avoir parlé à l'officier et à mon avocat". Il a fallu après s'enquérir des formalités: que faire de la voiture, on fait quoi avec l'assurance, etc. Le policier ne répond pas "vous n'avez qu'à le savoir", ou "démerdez vous". Il répond gentiment, précisément à chaque question. 

Pendant que François m'emmène aux urgences, j'appelle mon voisin. Tel que je le connais, il connait très bien la loi et la constitution américaine. Il me dit de pas paniquer, le mec est en tort. Comme l'autre gars m'a accusée par la suite d'avoir pilé au feu rouge, Marc me répond qu'on s'en fout complètement. Je peux freiner quand je veux, où je veux, pour les raisons que je veux. Si je veux piler pour ne pas écraser un écureuil, c'est mon droit, et c'est à lui de maîtriser sa vitesse, sa distance et son véhicule pour s'arrêter à temps. Je suis donc rassurée. Je ne risque aucune poursuite. 

C'est bête comme on peut avoir peur d'un rien. Après, malgré la douleur, le mal de tête, le nez et l'arcade sourcilière probablement fêlés, J'allais bien. J'ai donc pris au pire 2h à digérer l’événement. Après, j'étais juste contente de pas être blessée plus que ça, qu'on ait une seconde voiture pour se débrouiller. J'étais moins contente pour mon rdv raté avec Anita. 

S'en sont suivis, pendant une semaine, des rdv avec ouvriers et couvreurs, des annonces de facture ici ou là (200$ pour la visite aux urgences, desquelles je suis repartie avec 2 pansements pour mon nez et un peu de désinfectant), une prise en charge de voiture de location, être sommée d'aller voir un chir esthétique à Sacramento pour mon nez (qui est resté bien droit, merci du déplacement), etc. 

Ah oui, et ... L'arrivée de Didier! Didier est le collègue et ami de François. Il est ici pour le travail, et François lui avait proposé comme à chaque fois de dormir à la maison. On a une chambre d'ami quasi inutile. Sauf que là, elle est en chantier. La salle d'étude également, où nous avons installé un canapé-lit. La chambre des garçons l'est aussi. Donc il nous reste... plus qu'à le faire dormir dans la chambre de Gabrielle, et les 3 enfants dans la salle de jeux. C'est bizarre comme eux prennent chaque "souci" pour un énorme drame. Mon accident les a peut-être marqués, mais c'est rien du tout comparé au fait que "machin veut pas éteindre sa lumière" ou "bidule m'a jeté une peluche sur la figue", ou "il a mis sa chaussettes sur mon lit". Des drames insurmontables, quoi. 

Et c'est là où tu essaies d'apprendre à tes enfants: 

"La vie, c'est pas une journée ensoleillée. C'est savoir danser même quand il pleut."

Attention, elle est rude pour eux celle là. Puisqu'il pleut tout le temps. Que dis-je! des orages, des tempêtes! On a beau essayer d'être un exemple de positivisme, ils n'en prennent pas encore le chemin. Ah, ça m'amène à la prochaine phrase importante pour moi: 

"Il y a ceux qui trouvent des problèmes à toutes les solutions"

Puisque chaque fois que j'offre une solution à leurs problèmes "ben tu mets la chaussettes au sale, ça va pas te transmettre la rage" "Tu dis à ton frère que tu n'aimes pas recevoir des objets dans la figure" "On lira une autre fois, le livre ne vas pas changer son histoire pendant la nuit", leur réponse commence toujours par "non mais..."


Ces dernières semaines, on encaisse donc des sacrés trous dans le budgets. Des blessures. Des problèmes d'organisation. Des changements de programme. Du stress au boulot (pas moi, hein... ma machine à coudre est plutôt sympa en ce moment). Des résultats d'élection qui nous plaisent guère. Des cris de disputes d'enfants du matin au soir. Et plein de petits autres désagréments -la clé qui casse dans la porte alors que nous comptions visiter muir woods, forçant à changer la serrure de la porte d'entrée. François y a passé 3 heures, aurevoir la sortie en famille. Ah, ou aussi: hier j'ai perdu mon alliance... mon alliance... Mes doigts, en hiver, et avec le stress, on maigri et elle glissait depuis 2 ou 3 jours. Je ne sais pas si je pourrai la retrouver. Les travaux de démolition des murs sont faits, pas la réparation encore. La voiture va pouvoir être réparée, quasiment au prix de sa valeur, et d'ici 2 semaines.


Bref, la scoumoune*. Et pourtant... JE VAIS BIEN!!

Je ne me sens pas malheureuse. Ni ai-je envie d'écrire que j'ai une vie de merde. Malgré ces soucis, nous sommes plus chanceux encore de la moitié de la planète, voire plus. Certes, nous allons serrer le budget des enfants à Noël, et nous n'irons pas passer un week-end à Tahoe voir la neige comme nous en rêvions depuis notre arrivée. Nous n'irons pas à Yosémite, ni voir les baleines à Monterey. Nous passerons des fêtes sous notre toit réparé, dans une zone tranquille et sûre. Nos enfants ont accès à l'éducation, et une très bonne éducation. Nous mangeons tous les jours à notre faim, et pire: nous avons le luxe de choisir nos plats. Nous sommes en bonne santé. François a toujours un travail, même si certains jours il en doute (sur ce, je le réprimande durement. Les probabilités d'aimer son boss, de se sentir utile et valorisé sont faibles, dans le monde entier). Nous n'irons peut-être pas en France l'été prochain, mais nous pouvons rester en contact et attendre un an de plus. 

Bref: sécurité - nourriture - toit - santé. Avec ça, on a le quatuor gagnant. Tout le reste est éphémère. Chaque souci se réglera un jour, ou aura une solution avant, ou bien il faut simplement apprendre à ne pas y attacher une importance trop grande. Mieux vaut danser sous la pluie que de pleurer sous le soleil. J'ai donc décidé de ne mettre aucune photo des dégâts maison, voiture, ou de la pluie qui tombe. Le prochain billet sera consacré aux bonnes choses qui sont arrivées, car il y en a eu, avec des belles photos qui méritent leur place dans nos souvenirs.


 Les enfants sont en vacances depuis avant-hier vendredi. Je ne sais pas encore quelle solution trouver à ce problème, mais si je n'en trouve pas, il me restera toujours la patience et l'abnégation: c'est éphémère! Dans une semaine, ils retournent à l'école, et moi à mes 4 heures de silence quotidiennes.

A bientôt!


*Scoumoune vient du latin excommunicare"excommunier", passé par l'italien ou le corse. Argot de truand. 

samedi 29 octobre 2016

Oktober fest ... la bière en moins.

Salut la compagnie.

Petite pause dans le récit des vacances dans l'Utah. Je n'avais pas fini de les écrire avant de partir à Paris (j'avais programmé les publications), je n'ai pas eu le temps d'écrire quand j'étais en France (il y avait mieux à faire), et je n'ai pas eu le temps d'écrire depuis notre retour. Alors, je vais juste reprendre mes habitudes, à savoir raconter notre vie.

Tout d'abord, Gabrielle et moi avons fait bon voyage. Ce fut fatiguant, car je n'ai pas réussi à me mettre à l'heure européenne. J'ai passé quinze jours à me réveiller à trois heures du matin. Mais nous avons pris notre dose de famille, amis et gourmandises pour tenir l'année. On en voudrait toujours plus, mais habiter loin, c'est apprendre à renoncer, et à connaître ces plaisirs en plus petite dose. Disons plutôt: en concentré!




Le lendemain de notre retour, le 30 septembre, nous étions convoqués pour continuer les formalités de nos green cards. C'était l'étape "empreintes" et photos. Le FBI décide après avoir vérifié nos empreintes s'il y a des choses à nous reprocher, et donc une raison de nous refuser le papier. Le week-end dernier François et moi avons reçu une carte chacun: une autorisation de travail valable un an, en attendant la vraie green card qui devrait arriver. Vous savez ce que ça signifie??? Que si mon mari se fait licencier, ou pas, il a le droit de travailler pour une autre entreprise, ou même pour un autre poste au sein de son entreprise actuelle. Chose impossible avec le visa, qui le liait à CE travail là. Pendant 1 an, son entreprise s'était engagée à ne pas le licencier. Mais depuis août, c'était donc une possibilité. Ils n'auraient pas payé le voyage retour, nous aurions eu pourtant 90 jours pour quitter le territoire américain (et vendre la maison). Cette carte offre déjà une sécurité, celle de pouvoir rester ici encore un an. Mais normalement, la carte verte ne devrait pas tarder. Et là, nous sommes tranquilles A VIE. Pas sur de ne jamais connaître le chômage, mais au moins, de ne pas ajouter un autre déracinement aux enfants. 
Avant de prendre l'avion.

Escale à San Francisco qui dura 6h au lieu de 4. Après avoir fait ses devoirs, Gabrielle retrouve la "gastronomie" américaine.

Juste après le vendredi, il y avait le week-end du "california capital airshow". C'était bien. Le samedi, à la dernière minute, les stars des "blue angels" ont dû annuler. Mais le lendemain, les billets étaient offerts pour revoir le show. Les garçons y sont retournés avec leur père. Gabrielle et moi, avons profité de l'occasion pour récupérer encore un peu du voyage.


Ensuite il a fallu reprendre le rythme sportif: 2 entraînements par semaine pour les garçons, pas les mêmes jours. Et les matches le samedi. Gabrielle a demandé à joindre le club de cross country, qui fait des courses entre les différentes écoles de Rocklin. Elle y passait une heure chaque mardi, et avait presque une course par semaine. Heureusement, le voisin s'est souvent chargé de l'y emmener en même temps que ses 3 garçons. Mais, ça occupe.



Gabrielle et Raphaël ont commencé les cours de Français avec l'EFSAC. Une association qui donne des cours de Français à des francophones, pour compenser de n'avoir d'école française dans les parages. Ils adorent ce cours, et surtout leur prof. Ils y vont de bon coeur, ça fait plaisir. A l'école, il y a eu une sortie scolaire au théâtre, un spectacle de danse "fusion" (danse du style hip-hop), et le "carnival" (sorte de kermesse, en fait, il n'y avait aucun déguisement). Pierre et Raphaël ont étudié les "fables", dont celles d'Aesope. Ils ne connaissent pas Lafontaine, mais Aesope. Lafontaine a réecrit des fables d'Aesope. Donc Pierre a fait des marionnettes "ant" et "grasshopper".


Il a fallu organiser la fête d'anniversaire du blondinet. Je suis partie le 13 Septembre, son annivesaire est le 14. Je lui avais promis qu'on ferait la fête après. Par chance, ses copains étaient disponibles, et nous avons préparé l'anniversaire pirate. Il était aux anges. Halloween, c'est l'occasion de trouver beaucoup de déco "tête de mort" qui vont très bien au thème pirate. Parfait. Le gâteau était plus costaud à faire, mais François s'est chargé de décorer comme un chef les gâteaux que j'avais préparé.



Il y a eu aussi la visite un week-end de nos amis de San Francisco. Ils ont réussi à trouver le SEUL week-end où les garçons n'avaient pas de match: c'était la pause de "mi-saison". De toute façon, il pleuvait. Faux, en fait. Ici il ne pleut pas. Il tombe des cordes. On passe du très sec à des pluies torrentielles. Le sol, très sec et rocheux ici absorbe mal l'eau, et les zones non-constructibles nommées "green belt" deviennent presque marécageuses. Une petite mare, la même que l'an dernier, est arrivée sur le chemin de l'école pendant ce week-end.

Attention, les dindons sauvages s'enfuient avant Thanksgiving. 

Il y a eu aussi l'adoption d'un chaton. C'est pas très malin, mais j'avais lu qu'avoir deux chats valait mieux qu'un: ils souffrent moins de solitude lorsque nous sommes absents. Mais je ne voulais pas prendre un chat de race, dont je craindrais sans arrêt la perte. Il y a, à l'animalerie, un programme de sauvetage. Le week-end des animaux à adopter son mis en vitrine. Ils ont été sauvés de différentes façon, et ils ne demandent que 80$ pour l'adoption (une couverture tricotée, un jouet et un paquet de croquettes sont offerts). De plus le chat est vacciné, et stérilisé. Et puis, chose curieuse, ils ont fait un rabais de 10$ pour "rainy day" ! Bref, on a dit à Gabrielle que ce serait SON chat, elle l'a choisi. On a hésité avec un pauvre petit chat borgne, mais j'aime pas les chats tigrés. On a pris un noir et blanc, qui a 3 mois. Il a été trouvé avec le reste de la portée, âgé de 1 ou 2 jours. Il n'a donc pas de maman... nourri au biberon. On a eu du mal à lui trouver un nom. Après June Bug, Lady Bug, nous avons cherché un autre bug... et j'ai trouvé Bugs Bunny. Ca lui va bien; il saute partout et a de très grandes pattes. Lady a du mal encore avec lui: elle refuse qu'il monte sur NOTRE lit. Ca doit probablement correspondre à son territoire. Le chaton a eu du mal avec le chien, mais il a compris qu'il ne fallait pas la craindre du tout. La preuve, quand il va titiller Lady, qui riposte, il court se réfugier dans les pattes de June Bug!


Il ne se comporte pas du tout comme Lady. C'est un chaton de gouttière, très très vif, curieux, et qu'il faut surveiller de près. Il est partout. Quand je couds, quand je mange, ou devant mon ordinateur à vouloir attraper la souris.


Il y a eu du changement dans la maison. Nous avons trouvé un peintre ayant des tarifs raisonnables pour refaire une peinture complètement inaccessible sans échafaudage. Ca a mis beaucoup de bazar dans mon atelier, mais ça en valait la peine. Il a également repeint la chambre d'amis, des murs au plafond, que les anciens proprio avaient laissé tâché. Nous avons profité de l'occasion pour finir cette pièce avec les meubles qui lui manquaient. C'est maintenant un mini-hôtel! Bienvenue à ceux qui pourront venir. Enfin, sauf qu'hier nous avons constaté une infiltration d'eau dans le coin de cette chambre. Les pluies diluviennes n'aident pas, mais là, je crois qu'on a un vrai dégât des eaux. On va attendre la venue de l'assureur pour se rassurer ou paniquer.

Mur de gauche: ancienne couleur. A droite et en dessous, la couleur finale.

Il y a eu de la pâtisserie: tartes pour le repas d'appréciation du staff de l'école. J'ai fait une tarte aux poires amandine, et un flan coco. Ils n'ont pas dû apprécier car il en restait la moitié de chaque. Il faut dire qu'ils ont souvent du mal avec ce qu'ils ne connaissent pas. Ca m'apprendra, je resterai la prochaine fois sur des desserts US qui ne leur feront pas peur. Et puis pour les snacks de matches de football: ils demandent à ce qu'un parent fasse des snacks pour toute l'équipe, chacun son tour. J'ai fait de petites madeleines pour l'équipe de Pierre. A venir: treats pour les classes des enfants pour Halloween (un lot de 30 cupcakes pour Raphaël, 30 quelque chose pour la classe de Gabrielle, et un petit gâteau pour le playdate de Pierre). Ca va être un week-end en cuisine.



Et comme Halloween approche, nous avons testé la tradition US du Pumpkin Patch. Pierre l'avait fait en sortie scolaire l'an dernier. Je n'ai pas eu le temps d'y emmener les deux autres, aussi tenais-je absolument à les y emmener cette année. Gabrielle grandit, devient ado. L'an prochain elle quitte l'école primaire et commencera peut-être à ne plus vouloir faire les "trucs de bébé". Mais je tenais à ce qu'elle puisse avoir ce bout de culture en commun avec ses camarades. Ils n'étaient pas enthousiastes au début, François inclus. Le parking était blindé, et il coûtait 15$ (mamamia!!). L'entrée est gratuite, il y des manèges à l'intérieur, qu'il faut payer à coup de tickets qu'on achète (très cher). Mais faire un tour, voir les petits spectacles, voir les animaux, et surtout, ramasser les citrouilles est gratuit. Par contre, on paie la citrouille au poids ensuite! Je n'ai pas eu l'impression que c'était beaucoup plus cher qu'en supermarché. Mais c'était rigolo de les voir choisir LEUR citrouille. Après, il a fallu les porter jusqu'à la sortie, c'était moins drôle. Je mettrai les autres photos dans un futur billet.








Il y a eu une session dentiste aussi. En tant que petits français, ils étaient allés chez le dentiste un peu plus souvent que la moyenne: Raphaël avait eu un accident dentaire, et Gabrielle a dû avoir un appareil dentaire à 5 ans. Mais, ils restaient craintifs du dentiste. Pierre, qui n'y était jamais allé, c'était pire. Ici, on va chez le dentiste TOUS LES 6 MOIS!! Adultes comme enfant. On a droit à un "nettoyage" (détartrage), et un contrôle, radios etc. La première fois, François les y avait emmené et je ne l'avais pas cru quand il a dit qu'ils avaient été très sages. Cette fois ci, je m'y collais, et ils ont vraiment été très très sages. Chacun dans sa petite salle, avec son assistante qui leur nettoyait les dents. En 1 h, nous étions repartis avec le prochain rdv en poche!

Et pour finir, ce mois-ci, puisque c'est Halloween, c'est le temps pour moi de coudre des costumes. J'ai cousu le mien, qui était un vrai défi. Et celui de Gabrielle, dans le même thème mais en beaucoup, beaucoup plus simple. Les voisins ont bien décoré leurs maisons... nous sommes encore minables à côté. Mais bon, le mois a été chargé pour s'occuper de ça en plus. Vous ne croyez pas? Alors on apprécie ce que les voisins font pour les gamins du quartier. Halloween est vraiment une fête joyeuse et sans pression.




A bientôt! Si j'y arrive... 

vendredi 7 octobre 2016

Voyage et Capitol Reef

En ce Mercredi 10 Août, j'avais établi un programme "repos".

J'avais à la base prévu de passer une journée de plus dans Moab, mais puisque nous avions réussi à tout faire rentrer sur ces 3 jours, nous n'avions rien de neuf à voir. Donc je voulais un matin moins vif, plus relaxant. Faire les valises, repartir et profiter de la route pour aller à Capitol Reef. 

En partant, nous nous arrêtons au visitor center du parc Arches. La veille, nous avions quitté le parc un peu plus tard qu'à l'habitude, et le centre fermait ses portes à 18h. Les enfants veulent absolument leurs jolis bagdes de rangers. Mais vers 9 heures, il y a du monde en attente pour payer l'entrée. Comme d'habitude, nous choisissons la mauvaise file. Et Pierre nous fait une sacrée surprise: il saigne du nez! Ca ne lui arrive jamais, mais là, en plus il y va fort. La grosse voiture est baptisée, car on ne peut pas laver les ceintures de sécurité. Raphaël est un grand saigneur de nez, surtout depuis la Californie: l'air très sec n'aide pas. Dans l'Utah, c'est pire: sec, altitude et efforts. Mais Pierre, c'est tout nouveau... il le refera au cours du voyage, mais plus du tout ensuite. Ils se donneront le rythme l'un et l'autre. Le bon point, c'est qu'ils connaissent bien le principe, et ne sont donc pas effrayés par la vue du sang. Pire, ils en rigolent, ces coquins! Ils ont donc toujours un mouchoir en poche, au cas où. En tout cas, ça nous a bien occupé pendant l'attente. Et une fois arrivés au guichet, la dame est interloquée: nous lui présentons notre pièce d'identité allant avec le pass annuel: c'est un permis de conduire américain. Pourtant, notre nom et accent est bien français. Figurez vous qu'elle a papoté de pendant de longues minutes. 20 voitures attendent derrière nous, pas grave. On ne stresse pas, ici.


Nous avons donc rendu les livrets, répondu aux questions du ranger, prêté serment. Et nous sommes repartis adoubés du statut de junior rangers. Gabrielle est fière à chaque fois comme au premier jour. C'est une grande collectionneuse. Elle collectionne les collections, même. Alors ces badges, il les lui faut tous. Heureusement, elle ne joue pas aux pokémons...


Pour la route, il faut suivre d'abord le chemin par lequel nous sommes arrivés, puis tourner à Green River pour prendre un chemin qui mène au fin fond de l'Utah. Il n'y a rien aux alentours, à part des roches, et encore, plutôt au loin. Le trajet durera 2h30. Nous mangeons nos sandwichs en voiture. Après le sang, peu importe quelques miettes! Il y a sur la route, à un moment, indiqué "bump". Ca ne parait rien, mais il faut voir comme notre voiture a décollé! Nous ne savions pas que la voiture pouvait voler. Ca a suffit à amuser les enfants pour la journée. Mieux qu'une montagne russe.






Nous arrivons à Capitol Reef, un peu surpris de ne pas trouver de guichet d'entrée. Le parc a une géographie étonnante: Il est traversé de part en part par une route. Comme c'est le seul passage pour aller dans ces régions éloignées, il est impossible de demander un paiement à tous ceux qui ne font que passer. Donc, une seule zone du parc est payante, et il n'y a pas de guichet, une simple boîte au lettre où les gens honnêtes déposent l'argent. Ayant un pass, nous serons donc honnêtes d'une autre façon. 


Ci dessus, vous verrez la grandeur du parc, dont une immense partie n'est même pas vraiment accessible au public: aucune route ni accès. C'est surtout pour protéger la zone qu'elle a été classifiée "National Park". Nous croisons aussi sur la route des vestiges de pionniers:





Comme à notre bonne habitude, passage au visitor center. La Ranger, hyper gentille, nous dit qu'il y a des programmes spécial enfant dans 20 minutes: un sur l'astronomie, l'autre sur la géologie peu après. Je n'avais pas prévu de faire le parc tout de suite, plutôt d'aller à l'hôtel (notre seule nuit d'hôtel), et de revenir, de nuit, voir les étoiles. Mais bon, on ne doit jamais dire non à un peu d'instruction supplémentaire pour les enfants. En plus, dit-elle, les enfants auront en cadeau un patch pour chaque programme. Il n'en fallait pas plus pour convaincre Gabrielle, qui y voyait une collection supplémentaire à faire. D'ailleurs, elle venait de nous faire une crise car on lui refusait un pins dans la boutique. Elle les collectionne aussi. Comme 3000 choses. Le porte monnaie ne suit pas. 

Nous nous sommes donc installés dans cette petite oasis nommé fruita: ici, des pionners se sont installés (mormons, je crois) pour y faire de la culture. Il y a de très nombreux arbres fruitiers encore. Lorsque les fruits sont murs, les visiteurs peuvent aller se servir (je ne sais même pas s'il faut payer). Des produits sont fabriqués avec ces récoltes dans une petite maison, restant de cette époque de pioniers: pies, confitures... C'est le premier parc où l'on peut acheter de la nourriture. Les autres préviennent: ni essence, ni nourriture ni parfois eau. Prévoyez tout avant.





Dans cette maisonnette, une jeune et jolie, mais immense ranger donne une leçon d'astronomie, puis de géologie aux enfants. Les garçons, réticents au début, finissent par participer avec plaisir. Au loin, un peu d'orage gronde, et on a quelques gouttes d'eau. Ca m'inquiète un peu, je n'ai pas prévu beaucoup de tenues pour la pluie, mais surtout, la nuit s'annonce plus difficile que prévue: pour l'hôtel et pour la contemplation d'étoiles. Nous avons passé l'entre deux leçons à faire les livrets de junior rangers, découvrir le mini musée, remplir les livrets de jeune géologiste, ou de jeune astronome. Le centre était aussi un mini-musée pour les enfants, où nous avons pu apprendre beaucoup de choses sur les natifs, sur la nature, sur les étoiles.












Autre fait peu rassurant, l'insistance sur la possibilité de croiser des mountains lions:


Allez, après ces quelques heures non prévues passées dans le parc, et 6 badges supplémentaires, nous repartons vers notre hôtel.

A suivre...